Blotti entre l'Allemagne, la Suisse et l'Italie, le Tyrol se défini lui même comme "le coeur des Alpes". Avec seulement 13% de ses 13.000 kilomètres carrés habitables et quelque 630.000 habitants, ce land autrichien décline à merveille grands espaces et haute montagne. Une destination rêvée pour donner de la vitalité à ses vacances.
Lorsque le voyageur croise un individu coiffé de ce célèbre chapeau vert, agrémenté d'une plume, il est à n'en point douter au Tyrol. Ce "Pays de Montagne", comme il était nommé avant de se voir attribuer son patronyme actuel (en 1248), qui s'étend de part et d'autres sur les flancs escarpés de la vallée de l'Inn, est le paradis des amoureux de la nature. 20% de sa surface sont déclarés zones de protection de la nature, du paysage ou de repos. A savoir que toutes les constructions et exploitations techniques (lignes à haute-tension, téléphériques, etc.) sont tout simplement interdites ou au moins soumises à autorisation.
Le réseau incroyable de petites vallées qui convergent vers celle de l'Inn, offre un impressionnant décor où la montagne règne en maître absolu. Au Tyrol, près de six cents sommets s'élèvent à plus de 3.000 mètres. Dont le point culminant affiche fièrement les 3.774 mètres. Mais celui-ci n'est pas le toit de l'Autriche, qui n'est autre que le Grossclockner, faisant la différence avec seulement 23 petits mètres. Mais les Tyroliens l'ont presque adopté puisque ce dernier, situé en Carinthie voisine, est bien souvent pris d'assaut par les alpinistes au départ du Tyrol dont l'extrême-est le jouxte.
Le pont sur l'Inn
Malgré cette topologie plus qu'accidentée, le Tyrol est d'un accès paradoxalement très aisé. Le Brenner, qui ouvre les portes de la vallée de l'Inn, est avec ses 1.374 mètres d'altitude le col alpin le plus bas. Il permet ainsi une remarquable facilité de transit tant pour les personnes que pour les marchandises. C'est là une des raisons majeures du succès touristique que connaît cette région. Qui peut en effet se vanter de posséder un paysage montagneux à la fois très impressionnant et aussi pénétrable ?
Au beau milieu de la large vallée de l'Inn, Innsbruck, capitale du Tyrol, en est aussi le centre névralgique. C'est au départ de cette superbe ville,à l'élégance et à l'âme chaleureuse, que se déclinent toutes les activités tyroliennes. Née il y a deux millénaires de l'installation d'une base de légions romaines sur la Via Claudia Augusta, l'un des plus importants axes nord-sud de l'empire, elle prend son nom actuel au 12ème siècle lorsque les deux rives de l'Inn furent reliées par un pont ("bruck" signifiant "pont" en autrichien).
Aujourd'hui la cité a su conserver, en son vieux centre, les traces de son fastueux passé, du temps de l'Empereur Maximilien 1er. C'est en effet sous son règne que furent édifiées les merveilles telles que le toit couvert d'or ou l'Hofkirche, étonnante église avec sa cour aux vingt huit "hommes noirs", statues de bronze sombre. L'Empire joua un rôle déterminant dans l'histoire de la capitale tyrolienne. Le Hofburg, le palais impérial, est certainement l'une des plus belles réalisations baroques que l'on puisse rencontrer et la Maria-Theresien Strasse, l'une des plus belles rues du monde. C'est elle qui fait la jonction entre l'arc de triomphe impérial et le centre moyenâgeux.
Pour sa quasi totalité, celui-ci est aujourd'hui une zone piétonne. Il faut se laisser aller au détour de ses venelles, afin d'y découvrir des façades toujours plus belles, avec leurs encorbellements, leurs pignons, et leurs charmantes arcades sous lesquelles les boutiques sont un plaisir pour les yeux et un piège pour le portefeuille. Quel homme, quelque peu dandy, n'a jamais rêvé d'un superbe chapeau tyrolien, d'une magnifique canne ou d'une pipe finement ciselée ? Quelle femme, affrontant les frimas de l'hiver, n'a jamais songé à ce manteau unique qu'est le Loden, sur lequel elle pourra mettre en valeur les singulières broches qui ornent, aux côtés des plumes, les couvre-chef des messieurs et des dames autrichiennes ?
Solides gaillards et culottes de peau
Mais au delà de la ville d'art et de culture, Innsbruck et ses proches environs sont un fabuleux terrain de sports ouvert à tous. Quelles sont les agglomérations de moins de 150.000 habitants qui peuvent se vanter d'avoir accueilli deux fois les Jeux Olympiques d'hiver en moins de vingt ans ? Les sports d'hiver sont en effet ici chez eux. Le champion de ski et natif des lieux, Franz Klammer; les deux porte-flammes; le stade Bergiselstadion et le musée olympique en sont les témoignages les plus probants. Tout comme les impressionnants tremplins de saut à ski de la charmante et voisine station d'Igls, que l'on considère comme partie intégrante d'Innsbruck. Enfin, est il nécessaire de rappeler que ski de piste, ski de fond, luge, et bobsleigh sont au nombre de ces occupations hivernales régulières, qui font des tyroliens ces solides gaillards. Ceux là même que l'on découvre, au détour d'une soirée folklorique, ingurgitant des litres de bière, dansant et chantant à tue-tête en se tapant sur leurs culottes de peau !
Le printemps revenu, la population n'en sombre pas pour autant dans l'inactivité. Au contraire, l'entretien du corps se poursuit en arpentant les sentiers de montagne à V.T.T, en grimpant de sommet en sommet, en faisant quelques sets au tennis ou, pour les "mordus" de sensations fortes, en pratiquant le parapente au départ du Hafelekar ainsi que le survol de la chaîne alpine en petit avion de tourisme. Sans oublier les deux parcours de golf (9 et 18 trous), ainsi que les centres de remise en forme de certains hôtels d'Igls. Et pour ceux que le simple fait de dévaler les pentes neigeuses comble de joie, le ski de glacier se pratique tout au long de l'année sur le Stubaïtal non loin de là, mais aussi sur le Kaunertal, le Pitzal, l'Ötzal ou le Zillertal.
Authenticité si bien préservée
Le Tyrol ne se limite pas en effet à sa capitale. De charmantes petites bourgades, stations de sports d'hiver ou non, se sont posées de-ci de-là au pied des abruptes parois jalonnant la vallée de l'Inn. Parmi les plus célèbres citons Kitzbühel, village mondialement vénéré des skieurs en raison de son impensable épreuve de descente sur la Hahnenkamm, mais aussi Seefeld, Sölden, Mayerhofen ou Kirchberg. Autant de maisons colorées, d'églises aux clochers si pointus, et d'hôtels à l'ambiance chaleureuse et au confort savoureux, qui se détachent, tels des joyaux dans leur écrin, sur le tapis vert cru des alpages, avec en toile de fond les pics acérés et enneigés des alpes autrichiennes.
Plus qu'une image d'Epinal, il s'agit là d'un tableau générique et fort réaliste de cette petite parcelle d'Europe, à l'authenticité si bien préservée, que l'on ne peut qu'aimer.
Christophe Hamieau.